Je pense ne pas être seul à dire que le poste de télévision a été l’un de mes meilleurs amis, en tout cas à une période précise de ma vie.

Quand il était en marche je devais l’écouter. Quand il ne fonctionnait plus je me pliais en deux pour lui apporter secours. Lorsque je retournais chez moi après une absence (même de quelques heures) il faisait partie de mes premières préoccupations. Parfois il m’accompagnait jusqu’à mon sommeil, d’autres fois c’est lui le premier à qui je donnais la parole dès les premières heures du matin. Lorsque j’étais malade et que je n’allais pas à l’école c’est lui qui m’accompagnait (limite s’occupait de moi) pendant l’absence de ma mère que Dieu lui fasse miséricorde. Quand il devait parler à 12h ou à 18h, je tapais le sprint de ma vie (et je peux vous dire que je n’étais pas seul 😉 ) en sortant du collège ou du lycée pour ne pas le laisser trop attendre.

Alors ? meilleur ami ou pas ? 🙂

Mais comme dans toute amitié, il y a des hauts et des bas. Nos relations se sont tellement dégradées que la télé et moi avons fini par divorcer, ce fut en 1994 😉

 

Sans être armé de recherches scientifiques ni d’enquêtes sur les effets de la télé, j’avais décidé de ne plus la regarder pour des raisons très concrètes dont les trois principales sont : la perte considérable de temps ; la passivité dans laquelle est plongé le téléspectateur et l’impact incontestable sur les relations intra-familiales (quand la télé parle toute la famille doit se taire, surtout lorsque le journal télévisé accompagnait nos repas de famille). Ensuite, avec l’âge, les études, et surtout avec l’évolution de mon cheminement spirituel d’autres raisons sont venues se greffer sur les trois premières et qui au final, n’ont fait qu’augmenter ma conviction à l’égard de la télé.

 

Alors ouiiiiiiiiii je connais très bien les arguments « en faveur » de la télé (car on passe presque pour des extra-terrestres lorsque l’on dit à autrui que l’on n’a pas de télé chez nous, y compris des gens de nos propres familles) : tout n’est pas à jeter dedans, y a du positif quand même, ça peut être instructif, ludique, pédagogique, ça permet de se tenir au courant de ce qui se passe dans le monde etc. Oui tous ces arguments là, on les connait :).

 

Qu’il y ait du positif je ne peux pas le contester, car c’est bien vrai. Mais cet argument ne peut à lui seul suffire pour « justifier » les heures passées devant la télé, d’autant plus que la règle que nous enseigne Dieu est la suivante : Lorsque le mal d’une chose dépasse le bien qu’elle peut apporter, cette dernière doit être abandonnée. C’est exactement ce qui nous est enseigné au sujet du vin et des jeux du hasard :

« Ils t’ interrogent au sujet du vin et des jeux de hasard. Dis: « Dans les deux il y a un grand péché et quelques avantages pour les gens; mais dans les deux, leur péché est plus grand que leur utilité »

 

Appliquons cette règle à la télé. Quels sont ses avantages et quel est son mal ? c’est sur la base de cette comparaison que l’on doit se faire une opinion. Les avantages de la télé (le peu qu’on peut réellement lui attribuer) sont assez connus et présents dans l’esprit collectif des gens, pas de souci à ce niveau. Le problème est que son mal est très largement méconnu, sous-estimé même, c’est ce qui biaise en réalité le jugement et la perception que les individus ont de la télé.

 

Le livre que je vous présente aujourd’hui est un pavé que Michel Desmurget a jeté dans la marre télévisuelle, autant vous dire que vous ne risquez pas d’en entendre parler à la télé 🙂

 

L’auteur : 

Michel Desmurget est neurophysiologiste et docteur en neurosciences. Il publie en 2008 « Mad in U.S.A. : Les ravages du modèle américain » et signe en 2011 le livre que nous présentons aujourd’hui « TV LOBOTOMIE – La vérité scientifique sur les effets de la télévision »

 

Le livre : TV LOBOTOMIE – La vérité scientifique sur les effets de la télévision

 

Chapitre 1 : La télé en tous lieux et à toute heure 

La télé envahit nos vies, certains se rassurent en disant que l’arrivée d’internet a eu comme effet progressif de réduire le temps d’exposition à la télé. Il n’en est rien, premièrement le temps d’exposition journalier est toujours grandissant, il augmente jusqu’à 25 minutes par an pour certaines tranches d’âge. Deuxièmement, la télé s’insère maintenant dans d’autres supports, nous connaissons tous la télé sur internet et même la télé sur les téléphones portables, cela veut dire que les nouveaux supports de communication ne participent pas à la disparition de la télé mais bien à sa promotion.

 

Je relève deux éléments intéressants dans ce chapitre :

– La sous-estimation du temps d’exposition : les parents estiment en moyenne à 1h le temps d’exposition journalier de leurs enfants face à la télé pour 1h35 regardées (2h estimées pour 3h10 regardées etc.)

– L’opposition entre ce que les gens déclarent et ce qu’ils regardent réellement : alors oui on connait tous l’intérêt des gens pour la culture (ironie bien sûr pour ceux qui n’avaient pas compris 🙂 ), c’est d’ailleurs ce qui ressort dans toutes les enquêtes sur la consommation télévisuelle des Français, lorsque l’on leur demande ce qu’ils aiment regarder ils répondent : (IFOP 2011) :

 

* Documentaires et reportages (54%) (waw lol)

* Cinéma (50%) (à votre avis, il s’agit des grosses productions Hollywoodiennes, ou plutôt des films d’auteurs avec un vrai enrichissement culturel ? lol)

* Programmes d’information (49%)

* Programme de télé-réalité (4%) (oui c’est cela)

 

D’ailleurs, ARTE vient toujours en tête dans les chaînes préférées des Français, ben oui c’est connu les gens n’aiment ni TF1 ni M6.

 

Regardons maintenant les audiences réelles

TF1 (23.7%)

La 2 (14,9%)

M6 (10,8%)

Et ARTE en 14ème position avec seulement (1,5%) de part d’audience.

 

Pour que vous ayez une idée, en 2011, TF1 a réalisé 99 des 100 meilleures audiences, où sont donc les documentaires et autres reportages culturels de chez ARTE et la CINQ ? (meilleures audiences 2011).

 

Tout ça pour dire quoi ? pour dire que soit les gens n’ont même pas conscience de ce qu’ils regardent réellement soit ils justifient leur « addiction » à la télé par des programmes culturels et instructifs qu’ils ne regardent que très peu.

 

Chapitre 2 : La télé étouffe l’intelligence

Ce chapitre démarre par une citation de Didier Daeninckx « Pour regarder TF1 il n’y a pas besoin de cerveau, un tube digestif suffit » (in L’affaire Le Lay, Télérama 11-17. Sep/2004). En effet, et pour ceux qui avaient raté en 2004 cette honnête déclaration de Patrick Le Lay (PDG de TF1), je la rappelle ici :

[…] Soyons réaliste : à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit […]. Or, pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola c’est du temps de cerveau humain disponible […]

Incroyable, non ? Je la considère comme étant la déclaration la plus sincère jamais faite à l’égard de la télé.

 

Le mot est lâché, le but est de rendre nos cerveaux « disponibles », disponible à quoi ? aux messages persuasifs des publicitaires. Mais pas seulement des publicitaires !

 

Dans ce chapitre l’auteur revient sur les impacts de la télé sur nos apprentissages, notre vocabulaire, notre lexique etc. Le lien entre le temps d’exposition à la télé et les retards de développement cognitif chez l’enfant y est largement abordé.

 

Chapitre 3 : la télé menace la santé

L’introduction est sans appel. L’auteur nous rapporte une masse d’expériences scientifiques qui marquent le lien entre télé et obésité, télé et comportement tabagique, télé et maladies cardiovasculaires etc.

 

Ce qui est visé dans ce chapitre ce sont principalement les risques liés :

A l’alimentation : Si l’on présente deux boissons exactement identiques mais dont l’une d’entre elles a une étiquette « Coca Cola », les enfants téléphages préfèrent la boisson étiquetée « Coca ». Ce n’est qu’un exemple. La télé influence nos achats et donc notre consommation. Toujours plus sucré, plus salé et plus gras, voilà à quoi ressemble la tendance non sans risques sanitaires.

 

Au tabac : Au travers des stars de cinéma qui fument dans leurs films, le téléspectateur voit dans le fait de fumer un comportement « socialement désirable » et ce par effet d’imitation du modèle. Des expériences viennent étayer cette constatation. La télé, à travers le cinéma incite à fumer plus, et surtout à fumer plus jeune.

 

A l’alcool : Même chose que pour le tabac, les interdictions publicitaires sont contournées par l’intermédiaire des films et des séries.

 

Au sexe : Bon là il n’y a de secret pour personne, la télé est bourrée de sexe et d’incitation au sexe. Rien que ce facteur devrait suffire à lui seul pour des parents soucieux du devenir de leurs enfants.

 

A l’image de soi : Par l’effet du culte du corps véhiculé à la télé, cette dernière pousse à se sentir trop gros ou trop laid et implique une mauvaise image de soi et un mauvais rapport à son corps. Le culte de la minceur est ravageur et peut déclencher des troubles alimentaires tels que l’anorexie.

 

Au sommeil : Nul doute que la télé impacte la qualité de notre sommeil (ne serait-ce qu’à cause des heures tardives auxquelles nous la regardons). Et nul doute qu’une mauvaise qualité de sommeil a des conséquences sur l’humeur, sur le système digestif, sur la sexualité etc.

 

Chapitre 4 : La télé cultive la peur et la violence

C’est le domaine qui a été le plus étudié depuis les 40-50 dernières années. Celui qui doute de l’influence de la télé sur les comportements violents des enfants à l’école refuse de voir la réalité en face.

Outre ses conséquences sur la violence et l’agressivité des enfants (et même des adultes), la télé reste un puissant outil de propagande instaurant la peur au sein de ceux qui la regardent. Nous nous souvenons tous de l’impact des reportages sur les quartiers franciliens peu de temps avant les élections présidentielles de 2002 qui ont propulsé Le Pen au second tour, nous nous souvenons tous du martèlement médiatique autour de l’Irak et de l’Afghanistan suite aux attaques du 11/09 pour induire la peur chez le citoyen américain justifiant ainsi le « Patriot Act » et par conséquent les interventions militaires dans les deux pays concernés.

 

L’éducation par la peur est une des grandes spécialités de la télé.

 

Conclusion :

Après avoir fait remarquer la solidité (au sens épistémologique du terme) des données scientifiques relatives aux effets néfastes de la télé, l’auteur conclut en faisant du ZÉRO TÉLÉ  la meilleure des solutions. Néanmoins, il fait quelques recommandations pour ceux qui ne font pas ce choix là ou qui procèdent par étapes pour y arriver. Il rappelle au final que la responsabilité est entre les mains de chacun, et quelles que soient les décisions que les gens prendront, il convient désormais de les prendre en toute connaissance des risques encourus.

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Notre avis personnel : 

Les – :

– Je n’en vois pas

 

Les + + + + : 

– Puissamment argumenté (1193 références, dont environ 500 articles, revues, livres scientifiques), ce qui en fait une vraie bibliographie en la matière

– Se lit presque comme un roman

– L’auteur, tout en ayant son propre point de vue, n’incite pas les gens à délaisser la télé, il leur propose des éléments scientifiquement établis pour leur permettre de se faire leur propre opinion

– Très utile pour les personnes ignorant la réalité des méfaits de la télé

 

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