Vous est-il déjà arrivé de partager, avec votre entourage, votre conviction sur un sujet donné et de passer pour un extra-terrestre ?

Et puis arrive le jour où vous découvrez que, des extra-terrestres comme vous, et bien il y en a un paquet, et même des scientifiques et autres intellectuels qui ont fait un travail remarquable pour étayer et renforcer votre conviction, aujourd’hui vous n’en êtes plus, juste convaincus, mais vous devenez capables de le montrer 🙂

C’est à peu près ce qui s’est passé entre ce livre et moi 😉

Sans n’avoir rien lu, préalablement, sur le sujet, je m’étais toujours dit que l’adolescence était un concept artificiel que je trouvais illogique, comment une personne pubère de 14 ans pouvait-elle, biologiquement, devenir parent et être toujours considérée irresponsable par la société ?

Je me disais que notre nature biologique nous segmentait de façon binaire : sexuellement mature capable de procréer (adulte) ou sexuellement immature incapable de procréer (enfant), pourquoi une sorte de phase intermédiaire viendrait entre les 2 ?

Et puis, si l’adolescence était un truc « normal » on devrait la retrouver chez tout le monde non ? Or, jusqu’à il n’y a pas si longtemps que ça un tel phénomène n’existait pas en occident, et même de nos jours il y a bien des coins où personne ne connait l’adolescence. Par contre, la puberté et la maturité sexuelle tout le monde connait 🙂

Je n’adhérais pas au concept et me posais un tas de questions sans y avoir des réponses.

Jusqu’au jour (en 2012 il me semble) où je suis tombé sur le livre que je vous présente aujourd’hui : L’adolescence n’existe pas, et là, non seulement j’ai trouvé réponses à mes questionnements mais j’ai appris un tas de trucs super intéressants que j’étais bien loin d’en imaginer l’existence.

Si en plus de vous poser plein de questions sur l’adolescence vous êtes, comme moi, un passionné d’histoire, vous allez être grandement comblés, le livre est toujours est un magnifique livre d’histoire, car pour pouvoir affirmer que l’adolescence est un concept artificiel très récent dans l’histoire de l’humanité, et bien il faudra le montrer en parcourant la richissime histoire de l’Homme, et c’est ce qu’ont admirablement réussi à faire les auteurs.

Certaines parties du livre sont clairement des recueils de données historiques (que je ne détaillerai pas ici), d’autres sont d’excellentes propositions de réflexions autour du sujet de l’adolescence.

Les auteurs :

Psychiatre des hôpitaux, psychanalyste, Patrice Huerre est directeur médical de la clinique médico-universitaire Georges-Heuyer à Paris.

Martine Pagan-Reymond est professeur, agrégée de lettres modernes et maître de conférences en langue et littérature françaises.

Ancien chef de service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, Jean-Michel Reymond est directeur médical du Centre médico-psycho-pédagogique de Saint-Lô.

 

Le livre : L’adolescence n’existe pas : histoire des tribulations d’un artifice

ladolescence-nexiste-pas-huerrePremière partie : La préhistoire, une affaire d’animaux

(L’adolescence n’existe pas chez l’animal)

Lorsque l’on se met à lire des livres sur le comportement de l’homme (sociologie, anthropologie, psychologie, ethnologie …) l’on se doit de nous intéresser à l’éthologie (l’étude du comportement animalier).

Etant fasciné par les sociétés animales (leur organisation sociale, leur mode de vie, leur gestion du pouvoir …) cette partie du livre a été l’une des plus passionnantes.

Les auteurs ont construit leur livre selon une logique chronologique en remontant, dans l’Histoire, aussi loin qu’ils le pouvaient, et avant l’Homme, et bien il y avait l’animal 🙂

C’est une partie qui peut ennuyer les personnes non intéressées par le fonctionnement des sociétés animales, mais croyez moi, le comportement animalier est une bonne source d’inspiration pour nous les humains 🙂 (en plus, cette partie ne dure qu’une quinzaine de pages)

Deuxième partie : L’histoire du mot, des mots animés

C’est une partie, assez technique lol, où les auteurs reviennent sur les origines linguistiques du mot « adolescence » et ses premières utilisations, et surtout, ses premières significations, qui, comme vous le verrez, ne sont pas celles de nos jours 🙂

Troisième partie : Primitives « Adolescences »

(Approches ethnologiques)

Dans cette partie il sera fait une sorte de revue du passage des jeunes à l’âge adulte chez certaines sociétés primitives. Communément appelés « rites de passages » ou encore « rites d’initiations ».

Ces rites pubertaires nous renseignent sur la façon dont était abordé l’accès de l’enfant au statut d’adulte (suite à sa maturité sexuelle), la manière dont ce dernier était accueilli par sa société et la place qu’il y occupait.

Excellent travail ethnographique.

Quatrième partie : L’habit ne fait pas l’adolescent

(A travers l’histoire des costumes)

Sincèrement, c’est la partie du livre qui m’a le plus passionné (même impressionné lol).

Laissez moi vous citer ce passage qui dresse l’état d’esprit de cette partie et en définit l’intérêt :

Le vêtement est l’un des meilleurs indicateurs de l’état d’esprit d’une société. Un simple coup œil sur l’apparence des foules permet d’en saisir les mouvements profonds

[…] C’est par l’habit aussi que se lisent dans le spectacle de la rue, les clivages des castes et les conflits de générations.

Deux idées « inter-dépendantes » dominent ce chapitre.

Celle de la représentation imagée de l’enfant (dans des tableaux, des sculptures …), il sera question d’aborder son apparition, son évolution et ses manifestations. Sans oublier l’objet du chapitre qu’est : le costume.

Un remarquable recueil de l’histoire du costume nous est proposé dans cette partie, histoire à travers laquelle, on va pouvoir remarquer qu’initialement rien ne distinguait un vêtement d’enfant de celui d’un adulte (si ce n’est la taille bien sûr 🙂 ), et que petit à petit (avec l’apparition de plus de plus fréquente de la représentation imagée de l’enfant, surtout avec les début des magazines de modes) une sorte de « vêtements pour enfants » devenait une évidence.

Vêtement d’enfant en opposition au vêtement d’adulte, mais rien ne permettait de distinguer une phase intermédiaire, à la puberté, les jeunes adultes s’habillait du vêtement d’adulte.

Puis nous sommes enfin arrivés au 20ème siècle et les premiers signes d’une catégorie (ni enfant ni adulte lol) firent leur apparition. Ce sont des vêtements « d’ados ».

L’idée intéressante de ce chapitre est qu’à travers l’étude de l’histoire du vêtement, on peut aisément dater l’apparition du phénomène « adolescence », tout au plus, il y a 150 ans.

Cette partie est illustrée par 12 pages reprenant des images de l’époque, montrant l’évolution du vêtement chez l’enfant et le jeune adulte.

Cinquième partie :  La puberté, une transformation naturelle : L’Homo Pubis

C’est le chapitre dédié à la puberté (la maturité sexuelle) du point de vue physiologique (donc naturel plus ou moins dépendant des facteurs environnementaux), mais aussi du point de la construction sociale qui y est associée.

On parlera ici de puberté écologique et de puberté psycho-sociale. Pour faire simple, depuis que le concept d’adolescence a fait son apparition, l’on peut être pubère « physiologiquement », donc mature sexuellement capable de procréer mais être toujours considéré non pubère, donc immature socialement, par la société dans laquelle on évolue.

L’idée de ce chapitre est intéressante, surtout pour un public non habitué aux questions des représentations sociales.

Sixième partie : L’adolescence : un artifice

(Etude au fil du temps des fonctions du phénomène « Adolescence »)

C’est bien le cœur du livre, il est là le magnifique travail historique réalisé par les auteurs. Ce chapitre est divisé en 8 périodes chronologiques :

  • L’antiquité : Sparte (395 av. J.C) ; Athènes (325 av. J.C) et Rome (45 av. J.C)
  • Le moyen âge
  • De la renaissance à 1795
  • De 1795 à 1848
  • Au coeur du XIXè siècle
  • De 1850 à 1936
  • De 1937 à 1968
  • De 1969 à 1989

Je ne peux, bien évidemment, pas détailler cette partie, car il s’agit principalement de recueils de données historiques qui nous en disent davantage sur l’aspect « artificiel » du phénomène « adolescence ».

Les auteurs en arrivent même à dessiner une sorte de trajectoire du phénomène « adolescence », le faisant passer par une naissance, enfance, et même adolescence lol (qui est d’ailleurs le sous-titre de la phase 1850-1936), pour le situer aujourd’hui dans une phase de sénescence (vieillissement).

Super ouvrage de référence sur le sujet.

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Notre avis personnel :

Les –

  • Certaines parties peuvent ne pas intéresser tout le monde, mais vous n’êtes pas obligés de les lire 🙂 les chapitres sont indépendants les uns des autres
  • Ça reste un livre universitaire, il faut rester donc bien concentré pour le lire 😉

Les +++++

  • Il bouscule les idées déjà pré-fabriquées que l’on peut avoir sur le sujet
  • Excellent travail historique
  • Très bien argumenté
  • Une bibliographie digne d’un bon travail de recherche (plus de 240 références bibliographiques)
  • Les chapitres sont indépendants les uns des autres, ce qui permet une lecture orientée selon les intérêts de chacun 🙂
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