Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous, mais moi j’ai toujours entendu les enseignants me dire tout au long de ma scolarité, que le principe de laïcité rimait avec la séparation de l’Eglise et de l’Etat, la garantie de la liberté de conscience, de culte, de penser, d’expression, l’égalité des sexes, la non discrimination…ça vous dit quelque chose ou ma mémoire me ferait-elle défaut ?… Partant du postulat que j’ai encore toute ma tête, je me demande ce qui a bien pu se passer ? Pas vous ?

La réalité est toute autre ! Et quand je parle de réalité, je ne me limite pas à la réalité politique et sociale que nous partageons vous et moi actuellement ; Je parle de MA réalité, de MA vie personnelle !

 

Pour tout vous dire, il y a de ça déjà deux ans, j’ai été directement confrontée à cette fameuse laïcité.

 

Etant voilée sur mon lieu de travail depuis 2007-2008, personne ne me faisait de reproche ni sur le plan professionnel ni sur le plan humain (mes évaluations professionnelles annuelles en faisant foi). J’assiste régulièrement à des réunions professionnelles en présence de ma hiérarchie (le directeur de l’établissement y compris) et tout roule ! Jusqu’en Février 2011, où là c’est le drame! Je fais l’objet d’une délation et du jour au lendemain, au nom de la laïcité, je me vois interdite de porter ce couvre chef m’ont-ils dit ! Faut savoir, s’agissait-il pour eux d’un accessoire de mode ou d’un foulard ? Parce je suis désolée mais pour moi un couvre chef n’est qu’autre qu’un accessoire de mode ! Et je ne voyais pas trop le lien entre mode et laïcité. Puisqu’ils étaient de mauvaise foi, autant jouer leur jeu jusqu’au bout ! Mais jamais le mot voile islamique n’a été directement ou explicitement mentionné, on m’a seulement gentiment invitée (au risque d’avoir des soucis avec une certaine instance juridique) à « Etre sympa et à découvrir ma tête, car pour eux je resterais la même Hanifa ».

 

Bref, je ne sais pas ce que vous en pensez, mais la théorie acquise depuis toutes ces années est loin de ressembler à la réalité ! C’est pourquoi, j’ai voulu en savoir plus et approfondir ma connaissance ou plutôt ma fausse connaissance sur ce qu’est véritablement cette laïcité, qui semble se cristalliser autour de l’Islam (rien à voir avec Autourdelislam lol) et de la population musulmane. Aussi je vous propose cette lecture Histoire De la laïcité En France, Que sais-je ? de Jean Baubérot.

 

Cet ouvrage nous offre, via un large panel d’informations et d’analyses, un outil très complet de compréhension de ce concept de Laïcité.

L’auteur nous propose à travers un siècle d’histoire de la laïcité française, une construction progressive et une approche sociale, théologique et juridique de cette laïcité. C’est vraiment une lecture accessible à tous, écrite dans un style simple, qui démonte les idées reçues sur ce processus de laïcité, qui s’articule principalement autour de ce que Jean Baubérot appelle « les trois seuils de laïcisation », concepts que je vous laisserai découvrir par la suite. L’autre aspect intéressant de ce livre, c’est que l’auteur n’omet pas d’enrichir ses écrits par de très pertinentes comparaisons avec la laïcité d’autres pays.

 

L’auteur :

Jean Baubérot, de parents enseignants, cet historien français, sociologue et professeur émérite spécialiste de la sociologie des religions, est le fondateur de la sociologie de la laïcité. Il est le coauteur d’une Déclaration Internationale sur la laïcité, signée par de nombreux universitaires d’une trentaine de pays. Il a également écrit une vingtaine d’ouvrage, traitant majoritairement de Laïcité, dont Histoire De la laïcité En France, Que sais-je ?, que nous allons abordés ensembles aujourd’hui.

 

Le Livre : Histoire De La Laïcité En France.

Le livre est structuré en sept chapitres, eux-mêmes subdivisés en plusieurs sous-chapitres qui apportent une certaine hiérarchisation, et fluidité à la lecture de l’ouvrage.

 

Premier chapitre : La Révolution et l’Empire, premier seuil de laïcisation

L’auteur débute sont ouvrage par une mise en contexte de La France au 19ème siècle, tant sur le plan religieux qu’économique et social. Puis, il poursuit en nous offrant une comparaison de cette situation française, voulu par Louis XIV, à celle d’autres pays comme les Etats-Unis ou l’Angleterre par exemple. Ce chapitre est vraiment très riche, c’est pour moi le chapitre clé de l’ouvrage ; Dans le sens où, il contextualise et nous aide à comprendre l’origine du concept de laïcité, à reconnaitre ses premières manifestations, et où il nous dresse un tableau chronologique du processus de cette laïcité, dans une échelle de temps allant du 18ème siècle à nos jours.

Dans ce chapitre, l’auteur nous accorde ainsi une définition de ce qu’est La laïcité ; Elle est, selon lui, le fruit du choc entre le Gallicanisme, la séparation entre l’appartenance religieuse et nationale, la remise en cause des dogmes par la philosophie des Lumières et l’inconcevable pluralisme religieux pacifique. Ici l’auteur avancera la notion de laïcité au pluriel, et plus particulièrement des différents seuils de laïcisation, que nous avons brièvement évoqué en introduction. On apprend ainsi, que le premier seuil de laïcisation développé particulièrement dans ce chapitre, a trouvé ses fondements avec la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen en 1789, et la création d’une institution scolaire autonome : l’Université, en 1806. Ce premier seuil, concernera la liberté de culte, le statut de l’Eglise et son rôle dans la vie sociale sous le concordat de Napoléon Bonaparte, ainsi que l’autonomisation de différentes sphères sociales comme la médecine, le droit, le mariage civil…

 

Comme vous l’avez certainement compris, ce premier seuil de laïcisation a permis une première mise à distance des deux Instances que sont l’Eglise et l’Etat ; L’Eglise est désormais sous tutelle de l’Etat, se voit attribuer un rôle social, et est concurrencée par de nouvelles institutions que sont l’école ou encore la médecine. Et le pluralisme religieux est reconnu.

 

Deuxième chapitre : Le conflit des deux France

Dans ce second chapitre, toujours en respectant son développement chronologique, Jean-Baubérot s’intéresse au conflit des deux France, comme l’explicite le titre. Il s’agit non pas comme on pourrait le comprendre, et comme j’ai cru le deviner à la lecture du titre, d’un conflit entre deux zones géographiques, mais de celui qui oppose la France Royaliste et La France Républicaine. L’auteur y développe ainsi, aux détours de nombreuses références historiques et de quelques comparaisons avec l’Europe du Nord, l’histoire conflictuelle de la laïcisation à son premier seuil ; Qui, rappelons le, avait pour objectif de rendre les Hommes plus autonomes, de dissocier l’appartenance sociale et religieuse et l’alliance de la religion et de la liberté.

Le conflit autour de ces premiers éléments de laïcité oppose donc deux visions différentes. Nous avons d’un coté, les républicains qui souhaitaient limiter le pouvoir de l’Eglise catholique et privilégier la liberté de penser au détriment de l’inflexibilité de la loi ; Et d’un autre coté, les royalistes, alliés de l’Eglise catholique, qui se voulait la seule instance normative imposant une morale et une politique chrétienne commune. Jean Baubérot nous décrit alors, la situation de cette France conflictuelle aux doctrines nouvelles ; S’appuyant sur la pensée de Portalis, juriste français et l’un des corédacteurs du Code civil, l’auteur nous développe le rôle nouveau que se voit attribuer la religion ; On parle désormais d’« utilité sociale » de la religion, qui joue à la fois un rôle préventif social et politique complémentaire. Quant à l’enseignement, il reste le domaine privilégié de la polémique. L’autonomie de l’école se voit limitée, pour aboutir ensuite à la cléricalisation de l’enseignement. Cet événement ne fera que rebondir le conflit des deux France.

A ces difficultés politico-religieuses s’ajoute une opposition culturelle nouvelle avec notamment la théorie de Darwin, qui ouvre un nouveau débat : celui de la Science et de la Religion. Ce conflit durera plus d’une soixantaine d’années avec passations de pouvoir successives et alternées.

 

Troisième chapitre : L’école publique et sa morale laïque

Ici, Jean Baubérot s’intéresse particulièrement à la constitution de la morale laïque scolaire dans l’Histoire religieuse française ;

Tout en accordant un sous- chapitre entier à une comparaison avec les lois sur l’école primaire, d’autres pays comme en Amérique du Nord, le Japon, la Belgique ou encore l’Italie. En France, le système d’instruction publique est repensé ; La morale laïque arrive donc en substitution à la morale religieuse et à son influence catholique. La morale à l’école doit se fonder sur la raison et non plus sur la religion. C’est ainsi que l’auteur souligne et insiste sur la distinction entre la morale laïque et la religion ; Il situe cette morale laïque comme étant entre l’Etat et la religion ; Anticléricale, elle prône le principe de tolérance face à la liberté de culte, et accorde une place nouvelle à la religion.

En 1882, par souci d’égalité, avec la loi de Jules Ferry, l’instruction devient publique, obligatoire, gratuite. L’Etat Républicain introduit dans les écoles primaires publiques, la morale laïque et l’éducation civique, au détriment de la morale religieuse. Les élèves auront désormais un jour de congé par semaine, pour permettre aux parents qui le désirent de donner à leurs enfants une éducation religieuse.

Cette école publique a alors une portée sociale nouvelle, puisque sa morale s’organise désormais autour des notions de dignité et de solidarité. Elle transmet des valeurs laïques, qui affectent désormais le comportement de l’individu, et favorise le développement des principes et les comportements du mieux vivre ensemble face aux pluralismes social et religieux.

 

Quatrième chapitre : La Laïcisation entre premier seuil et second seuil

Dans ce quatrième chapitre, Jean Baubérot s’intéresse à l’arrivée d’une ère une nouvelle. Celle-ci marque la fin de cette France des terroirs où tout le monde se connaissaient dans les villages et où les valeurs morales et les comportements étaient régis par cette homogénéisation et une surveillance commune ; Désormais, la morale laïque a pour ambition, la construction d’un être moral libre et dont les valeurs et les bonnes conduites ne reposent plus sur le qu’en dira t’on, mais plutôt sur la raison, sur les capacités d’un individu à se surveiller soi-même. Et il est dans l’idée de libérer les hommes de tout contrôle religieux ; La religion ne fera plus autorité dans la vie sociale. Avec la loi Goblet de 1886, par exemple, les instituteurs se voient laïcisés pour devenir ensuite des fonctionnaires dés 1989. Les médecins ont quant à eux un pouvoir politique, même si les religieuses restent un élément essentiel de l’encadrement à l’hôpital. C’est ce que Jean Baubérot appelle le second seuil de laïcisation et que nous aborderons plus tard. Ce processus de laïcisation ne s’est pas fait sans difficultés puisque des doctrines de haines ont vu le jour.

 

Cinquième chapitre : La séparation : un pacte laïque

Dans ce cinquième chapitre, il est question de cette France avec la loi de 1905.

Considérée par l’auteur comme l’un des actes fondateurs de la laïcité française, cette loi sépare l’Etat des Eglises. C’est dans ce contexte de cette séparation des deux pouvoirs, que Jean Baubérot nous fait connaitre la notion de « pacte laïque », qui résulte du refus du catholicisme comme religion nationale. Il ne s’agit pas comme on pourrait le croire d’une convention pacifique entre les deux pouvoirs, ni d’une égalité entre eux. Mais ce pacte serait en quelque sorte une paix imposée à ces deux institutions pour calmer et mettre fin au conflit des deux France, que nous avons abordé ensemble dans le second chapitre.

L’identité de la France n’est désormais plus catholique, et la religion est désormais indépendante. Mais cette notion de « pacte laïque » est très contestée, les catholiques ont en une vision toute autre ; Elle constituerait selon eux, une émancipation de la religion au nom de la liberté de pensée. Outre l’aspect religieux, ce pacte laïque apportera également un statut nouveau à la femme ; Considérée jusqu’alors comme épouse et mère, un rapport parlementaire est rédigé en faveur du vote des femmes. Et parallèlement, les filles ont désormais la possibilité de préparer le baccalauréat de garçons, s’en suivra ensuite la création d’un baccalauréat féminin.

 

Sixième chapitre : L’établissement de la laïcité

Ici dans cet avant dernier chapitre, l’auteur s’attardera sur le concept de « second seuil » de laïcisation pour nous en donner une définition, puis en évaluer son incidence sur cette nouvelle France , qui est censée en avoir terminé avec le conflit des deux France !

Dans cette nouvelle ère du second seuil de laïcisation, la religion n’est plus une institution et prend une forme analogue à celle d’une association. Elle n’a plus de légitimité sociale et les valeurs religieuses morales sont désormais choisies : ni imposées ; ni réprimées. La liberté de conscience et des opinions religieuses sont des libertés publiques sans distinction de culte. L’auteur s’interroge ensuite dans ce chapitre, sur une éventuelle crise de cette nouvelle laïcité, car l’enseignement se trouve désormais au cœur d’un conflit nouveau ; La guerre des deux France prend une forme nouvelle, ce n’est plus ni l’identité nationale ni l’indépendance religieuse qui sépare les deux France, mais bien le conflit scolaire qui en est à l’origine.

C’est au moyen d’une analyse, toujours chronologique de l’Histoire de France, que Jean Baubérot étayera cette question du conflit scolaire de l’après guerre, au Cartel de gauche et à l’après régime de Vichy….et que je vous laisse découvrir par vous-même.

 

Septième chapitre : Crise et nouveaux défis de la laïcité

Enfin, dans son dernier chapitre Jean Baubérot s’intéresse au renouveau de la laïcité, qui a vu son débat relancé avec la présence musulmane et les affaires du foulard à l’école dont vous avez certainement tous entendu parler.

La laïcité se voit attribuer un rôle nouveau, et la signification de la liberté de conscience et de penser réactualisée. Initialement combattante de l’Eglise catholique, la laïcité protège désormais tout espace public qui se veut laïque. Cela aboutira entre autre à loi de mars 2004, sur les signes religieux ostensibles à l’école. L’auteur souligne également le travail de La ligue de l’Enseignement qui a contribué au dialogue entre les différentes religions et les diverses organisations laïques.

Il termine enfin ce chapitre et son ouvrage sur le questionnement d’un « troisième seuil de laïcisation ». Processus de changement qui selon lui, ne trouverait pas son origine avec la présence musulmane et ces affaires de foulard mais plutôt dans un processus de désinstitutionalisation générale et une crise de socialisation morale, résultant d’une part de la mondialisation et d’autre part de l’individualisation.

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Notre avis personnel :

Les –

  • Je ne vois pas

Les ++++++

  • Le prix
  • Petit ouvrage
  • Très bien écrit
  • Très riche sur le plan Historique  et sociologique
  • Partage de différents points de vue, dont certains défavorables à la laïcité
  • La comparaison de l’histoire française à celle d’autre pays

 

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