Pour introduire le livre que nous allons aborder ensemble, j’aimerais vous en citer un bref extrait, qui est assez parlant. « Il n’écoute rien….Elle n’en fait qu’à sa tête…se plaignent les parents quand ils parlent de leur enfant ?…. ils ne respectent rien, n’agissent que selon leur bon plaisir….. Je n’y arrive plus… ».

Et oui, comme vous l’avez compris, ce livre traite de la question de « l’enfant roi » qui concerne aujourd’hui la majorité des enfants, à des degrés différents bien entendu. C’est un livre très intéressant, qui ne propose pas aux parents des normes ou des recettes de conduite à tenir ; Mais nous offre plutôt un outil de compréhension du phénomène.

 

Il est vrai que depuis la seconde moitié du 20ème siècle, l’autorité et les manifestations qui s’y rattachent telles que la sanction ou la punition, ne font pas bonne presse. Elle est souvent dénoncée et injustement assimilée à  la soumission, à la privation de liberté et à l’entrave à l’épanouissement personnel. Les divers médias : télévision, presse écrite etc. prônent alors une nouvelle éducation avec comme souci premier apprendre à écouter son enfant, respecter ses sentiments, ses émotions, favoriser un maximum l’épanouissement de ses compétences…

 

Bref, on assiste à un renversement du modèle d’autorité traditionnel, avec des slogans comme « Il est interdit d’interdire » qui voient le jour. Autrefois, les enfants obéissaient aux parents,  aujourd’hui ce sont les parents qui se voient obligés de se soumettre aux injonctions des enfants. C’est ce concept d’ « autorité de l’infantile » que Daniel Marcelli parcourt dans cet ouvrage en faisant des détours sociologiques et anthropologiques. Il met en évidence les éléments qui constituent les nouvelles manières d’être parents et enfants, éléments que nous étayerons plus tard.

 

L’auteur :

Daniel Marcelli est professeur à la faculté de médecine, pédopsychiatre, chef de service de psychiatrie infanto-juvénile du CHU de Poitiers. Il a publié une dizaine d’ouvrage.

 

Le livre : L’Enfant chef de la famille: L’autorité de l’infantile

 

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Chapitre 1 : Autorité, violence et jeunesse

Dans ce chapitre, il est question du rapport entre violence et autorité, particulièrement chez les jeunes. Afin d’aider le lecteur dans sa compréhension, l’auteur commence par définir et apporter une distinction de différents concepts tels que celui de délinquance, de violence, d’agressivité et d’autorité. Il insiste ensuite, sur la nécessité d’apporter des limites à l’enfant à la fois pour le protéger et le contenir ; Il évoque et expose ainsi trois contenants à l’autorité :

 

* Celui qui protège avant d’interdire : il s’agit d’un lien d’autorité silencieux, du regard protecteur du parent que l’enfant interroge à la recherche implicitement d’approbation ou de réprobation.

 

* Celui qui protège et limite l’affirmation de soi dans la phase d’opposition : il s’agit de savoir dire non au « non » de l’enfant afin de limiter la toute puissance de l’égo.

 

* Celui qui confronte l’enfant au désir de l’autre : il s’agit là d’une limite qui se situe dans l’interdit. Contrairement aux deux premiers où nous étions dans du lien familial, là nous sommes plus dans le registre du social.

 

Chapitre 2 : L’autorité du père

 

Ici, Daniel Marcelli s’intéresse à l’autorité du père et à son évolution. Il est vrai que traditionnellement le père a toujours été la figure emblématique de l’autorité au sein de la famille. Depuis les années 1970, le père a perdu une part de cette autorité puisque l’ « autorité paternelle » est remplacée par l’ « autorité parentale conjointe» mise au service de l’intérêt de l’enfant.

 

Daniel Marcelli relève la double fonction paternelle ; La première fonction du père étant une autorité plutôt symbolique, où il serait nécessaire qu’il intervienne dans la relation mère-bébé, afin de les séparer. Cette fonction de tiers permettra ainsi à l’enfant de se percevoir en tant qu’individu distinct de sa mère, distinct d’autrui. La seconde fonction du père et du parent de manière plus globale, serait plus d’ordre éducatif ; A savoir : permettre à ses enfants de connaitre les limites, les apprendre, s’y soumettre avec obéissance. Cela leur inculquera les valeurs morales nécessaires au respect des normes de la société dans laquelle ils évolueront.

 

Après avoir étayé les deux ingrédients de toute autorité parentale : le devoir de protection et celui d’éducation, l’auteur en développe les outils et en favorise la compréhension : la frustration (instrument relationnel de l’autorité), l’interdit (ce par quoi la frustration s’administre) et la sanction (limite et outil avec lequel l’enfant pourra réparer sa faute). Il conclut ce chapitre en soulignant qu’il n’existe pas de norme éducative toute faite, et que l’autorité se construit dans le lien parents-enfants.

 

Chapitre 3 : Les nouvelles trajectoires familiales

 

J’aime particulièrement cette partie que l’auteur consacre à l’évolution de la famille, à son organisation sociale et à son incidence sur le principe d’autorité. On note aujourd’hui que les familles sont de plus en plus variables et que l’organisation familiale en est bouleversée. Pour comprendre cette évolution, on peut noter les différents liens qui unissent une famille :

 

–          Le lien d’appartenance : qui caractérise le groupe (le lien fraternel par exemple)

–          Le lien d’alliance : qui caractérise le couple et qui est fondé sur la différence, de sexe par exemple

–          Le lien de filiation : il s’agit des générations successives (exemple : parents-enfants)

 

L’auteur met en évidence, dans l’organisation de notre société, la domination du lien de filiation sur le lien d’alliance,  avec une fragilisation du lien affectif ; Le lien d’alliance ayant mis de coté la valeur symbolique de l’échange et du lien, est désormais choisi et non plus prescrit. Grace à ce nouveau lien « conjointal » et non plus « conjugal » devenu précaire, on a vu apparaître de « nouvelles trajectoires familiales ». Ceci implique une conséquence directe sur le principe d’autorité, le lien d’alliance n’étant plus protégé par les garants sociaux d’autrefois.

 

A cette nouvelle organisation familiale centrée autour du lien de filiation, les relations parents-enfants se sont modifiées ne faisant plus de l’autorité leur priorité, mais de l’épanouissement de chaque membre de la famille le souci premier. Et là l’auteur introduit la notion de « parentalité », qui mesure la capacité  des parents à s’adapter à leur enfant. Les compétences relationnelles et éducatives des parents se mesurent avec ce concept nouveau, qui est piloté par l’enfant et à son profit ; Dans ce sens, « La bonne parentalité » c’est être de bons parents au service de l’épanouissement des compétences de l’enfant.

 

Chapitre 4 : L’enfant-roi

 

Dans ce chapitre, il sera question de la représentation collective actuelle de ce qu’est l’enfance. L’auteur nous dresse en quelque sorte un tableau ; Autrefois perçu comme un être fragile qu’il fallait protéger et préserver, l’enfant semble devenu ce que l’auteur nomme un « bien précieux » qui se voit attribuer un rôle nouveau.

 

Le lien de filiation devenu le pivot de l’organisation familiale, l’enfant est devenu pourvoyeur de besoins affectifs, qui ne sont plus garantis par les conjoints. De plus, idéalisé, ce bébé est désormais considéré comme une personne à part entière dotée de compétences relationnelles et cognitives que les parents doivent stimuler au maximum, sous l’œil de la parentalité ! Comblé d’objets, l’enfant doit réussir en tant voulu et être autonome. Et attention à l’excès d’autorité, l’enfant roi y est vulnérable ! Voilà, nous sommes donc face à un enfant devenu roi (parce qu’on lui en a laissé la place), qu’il faut à la fois protéger bien sur, mais que l’on ne doit surtout pas frustrer au risque d’entraver l’épanouissement de ses compétences et d’être taxés de mauvais parents.

 

Chapitre 5 : L’autorité du lien social

 

L’auteur parle ici d’autorité, de son essence, de la construction du lien d’autorité. Il analyse tout d’abord les différentes transformations sociologiques, culturelles, juridiques etc. qui ont eu une répercussion sur la compréhension du principe d’autorité.

Il relève que le regard de l’autre construit le lien d’autorité et fonde ainsi la communication humaine. Ce lien d’autorité apparaît donc comme une nécessité évidente, un lien qui protège et qui contient.

 

Dans son développement, l’auteur apporte une description de deux registres d’autorité :

* Une autorité de coordination : lien horizontal entre personnes égales qui partagent une même intention.

* Une autorité d’injonction : lien vertical avec des partenaires inégaux et des intentions différentes.

 

Il souligne enfin la confusion, entre ces deux registres, dans la compréhension du principe d’autorité. Il estime qu’il est nécessaire de rétablir le lien d’autorité horizontale tant pour le bénéfice de l’enfant que celui des parents.

 

Chapitre 6 : De l’individualité à l’individualisme

 

Cette partie est consacrée au sentiment d’individualité, à son développement et son impact sur le lien d’autorité. Auparavant et comme nous avons pu le voir dans le chapitre précédent, le lien aux autres était accepté comme une évidence. Aujourd’hui, nous assistons à une croyance toute autre où l’individualisme est devenu la valeur montante de nos sociétés. L’individu se revendique autonome, libre de tout, seul maître de ses choix et n’aurait de comptes à rendre à personne si ce n’est à lui ! Seul le souci de sa personne prime. L’auteur va même jusqu’à se poser la question d’individu sans lien !

 

Ce sentiment d’individualité émerge dès la petite enfance. En effet, dès les premiers instants de sa vie, le bébé bénéficie d’un environnement qui répond et évolue au gré de tous ses besoins. Ayant, de ce fait, ses parents et toute la société de manière générale à son service, le narcissisme du bébé est comblé avec une grande capacité précoce d’affirmation de soi. A cela s’ajoute, comme on l’a vu précédemment, le besoin premier des parents d’être reconnus comme de bons parents. Des parents qui plus est, ont du mal à dire « non » au « non » de l’enfant, allant même jusqu’à modifier l’environnement dans lequel bébé se développe pour ne pas avoir besoin d’interdire. Cet évitement du « non » ne fait que repousser à plus tard la notion de limite et d’interdit, et développe surtout ce sentiment d’individualité chez cet enfant qui comprend implicitement que le monde doit toujours se plier à ses besoins et à ses désirs.

 

Une des explications de cette crise d’autorité trouve explication dans cet individualisme qui se fonde sur ce sentiment d’individualité, se nourrit du besoin constant de différenciation et où chacun se veut l’égal de l’autre et dont la seule autorité acceptable reste l’autorité horizontale, contre productive, car elle n’inscrit pas les autres dans un lien constructif.  « Ce n’est plus le lien social qui détermine l’individu, mais c’est l’individu qui choisi ses liens sociaux »

 

Chapitre 7 : L’autorité de l’enfant

 

Dans cette partie, l’auteur reprend tout d’abord les grandes idées qui ont été développées autour de l’autorité dans les précédents chapitres. Il ajoute ensuite que la restauration du principe d’autorité est nécessaire dans une société qui, aujourd’hui, prône l’affirmation de soi et l’individualisme comme valeurs positives, et refuse le principe d’autorité horizontale des liens sociaux ; Alors qu’autrefois, le lien entre des individus dont la hiérarchie était connue, reconnue et fixée, était un principe indispensable, régulateur du fonctionnement social et dans la relation éducative parents-enfant.

 

Pour conclure, l’auteur développe la notion de « Bienveillance » qui est un mélange de souci et d’attention vigilante que les parents doivent porter à leurs enfants. Cette notion induit celle du respect mutuel que se doivent parents et enfants en fonction de la vulnérabilité et du niveau de maturité de l’enfant.

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Notre avis personnel :

 

Les – :

  • Je n’en vois pas

 

Les + + + + :

  • Tout public
  •  Facile à lire
  • Très bien écrit
  • Le prix

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