J’avoue qu’à la première lecture de la table des matières, ça m’a un peu refroidie, le livre m’a paru un peu trop  scolaire à mon goût et un peu compliqué au vu des nombreux chapitres, sous chapitres et thématiques abordés.  J’avais peur de me perdre dans toutes ces disciplines aussi diverses et variées soient-elles. Mais c’est ce qui finalement, en fait sa richesse. Il peut vraiment plaire à tout le monde, des lecteurs amoureux des sciences aux lecteurs amateurs (dont je fais partie).

En plus de ce large éventail d’enseignements abordés, j’ai été agréablement surprise par la hiérarchisation et le style qu’emploie l’auteur, ça apporte une réelle fluidité à la lecture ; Je me suis sentie vraiment transportée au fil des chapitres.

Pour la petite histoire, un mois après notre mariage en 2011, alors que nous nous apprêtions à faire l’état des lieux de l’ancien appartement de mon mari, je vérifie que les placards sont bien tous vides. C’est là que dans un des placards du haut je tombe sur de vieux vêtements, des sachets vides, quelques disquettes et des livres : Discours sur l’histoire Universelle tome 1, 2, 3…et  ce livre condensé  Al Muqaddima. Ces derniers lui avaient été donnés, il y a quelques années, par un de ses collègues qui se débarrassaient de ce qu’ils ne lisaient pas.

Sur le coup j’ai été interpellée par le nom de l’auteur, j’avoue que le nom me disait quelque chose mais sans plus… Après  m’être renseignée, je découvre à ma grande surprise, que les cours de Pensée islamique auxquels je participais à l’époque dans l’une des mosquées du coin, et dont je buvais le contenu sans satiété, y faisaient référence. Je ne pouvais donc pas, ne pas le lire ! Mais comme beaucoup d’entre nous je suppose,  ce livre s’est noyé parmi d’autres. Enfin, arrive le site Autourdelislam et plus précisément le premier épisode de Sira, qui revient sur l’intérêt, pour tout le monde, mais surtout pour le musulman, d’étudier l’Histoire avec un grand H ; Autre clin d’œil fait à ce livre, je ne pouvais pas ne pas le lire ! Lol…..Et me voilà aujourd’hui, partageant cette lecture avec vous.

L’auteur :

Ibn Khaldoun naquit à Tunis en 1332 et décède au Caire en 1406. De parents Yéménites émigrés en Andalousie, puis au Maroc après avoir été chassés de Séville lors de la reconquête espagnole,  il a été l’un des plus grands intellectuels musulmans. C’est un historien, philosophe, diplomate et homme politique nord africain. Il a en effet occupé différents postes politiques sous divers dirigeants au Maroc, en Tunisie et en Espagne  où il a été ambassadeur pour le Roi de Grenade. Il passe les dernières années de sa vie en Égypte où il fut plusieurs fois Juge Suprême Malikite.

Le livre : Discours sur l’histoire universelle. Al-Muqaddima

Aussi connu sous le nom des Prolégomènes, ce livre est une sorte d’introduction d’une des plus grandes œuvres d’Ibn Khaldoun Discours sur l’histoire Universelle, œuvre de plus de 1300 pages.

Dans cet ouvrage, Ibn Khaldoun repense l’Histoire, qui était jusqu’alors considérée comme un art, l’art de relater les faits. Il en fait une discipline à part entière, une Science, régie par la vie des hommes en société. Alors que je me suis vue plongée au cœur de la civilisation arabo-musulmane, les diverses expériences, observations et réflexions personnelles de l’auteur,  m’ont apporté un regard nouveau et intemporel sur l’Histoire. Franchement, de nos jours on ne peut pas dire que la société favorise la réflexion, on est plutôt dans du «prêt à penser», dans une  certaine immédiateté. Et ben ce livre, a été vraiment un moteur pour moi. Il a suscité en moi une grande curiosité … Je n’en dirais pas plus,  pour le moment.

Le livre est structuré en trois parties, elles-mêmes subdivisées en chapitres et sous-chapitres, que nous citerons afin d’avoir une esquisse de la richesse de cet ouvrage et des différentes thématiques abordées.

Première partie : L’histoire comme science de la civilisation

–          Chapitre I : De l’histoire et du métier d’historien

–          Chapitre II : Des principes explicatifs

–          Chapitre III : Sociologie générale de la civilisation

Après avoir débuté son ouvrage par la définition du concept d’Histoire, en tant que science de l’étude des civilisations dans tous ses aspects ; Ibn Khaldoun souligne les caractéristiques indispensables dont doit disposer tout historien, notamment une connaissance fine des différents peuples, coutumes,  religions etc. pour  faciliter l’analyse et la compréhension des évènements.

Ici, l’auteur nous invite  à avoir  un esprit critique, à nous questionner, à chercher des explications, à vérifier, à développer nos connaissances afin d’essayer d’en tirer des leçons de conduite.

Ensuite, il allie délicatement religion et intellect, et conceptualise ainsi la Sociologie. En fait, il  a fait des prescriptions divine un code de conduite, en quelque sorte un ensemble de règles et de comportements à respecter en société.

Deuxième partie : Eléments de philosophie politique

–          Chapitre IV : Des conditions de la souveraineté

–          Chapitre V : Autopsie des Empires

–          Chapitre VI : Economie politique

–          Chapitre VII : Analyses socio-historiques

Dans cette seconde partie, l’auteur s’intéresse à la société, dans ses aspects plus internes, dans ce qui la compose intrinsèquement on va dire. Il passe en revue plusieurs choses : les différents types de gouvernements, les différentes classes sociales, les professions et autres occupations des hommes, les différents modes de vie (rural, urbain, nomade…), la religion, la qualité de vie… et en analyse l’influence sur la vie sociale ; Etudiant ainsi l’origine des civilisations, leur développement et leur disparition. Et il aboutit à la conclusion d’un schéma cyclique de l’Histoire.

Là pour les autornautes (suiveurs d’autourdelislam notamment), je ne peux m’empêcher de refaire un clin d’œil à l’épisode 01 de Sira qui aborde, entre autres, cette question du cycle de l’Histoire. Ici encore, Ibn Khaldun  fait donc un parallèle entre les empires et  les hommes, qui ne se réunissent en société que pour s’aider à trouver des moyens de subsistance, puis, ils laissent progressivement un appétit, pour les choses superflues, se développer, jusqu’à la prochaine étape : installer des rivalités entre eux.

Cela, les fait aboutir finalement à leurs échecs, leur déclin, laissant place à d’autres civilisations naissantes et ainsi de suite. Et dans ce cycle civilisationnel, on peut remarquer que parallèlement aux différentes  étapes du développement social de l’homme, se trouve un dit- état religieux correspondant.

Troisième partie : Théorie de la connaissance

–          Chapitre VIII : Les Sciences

–          Chapitre IX : La philosophie

–          Chapitre X : Varia

Ici il est question de la Connaissance, du savoir. L’auteur la définit comme étant un ensemble, chaque branche des sciences faisant partie d’un tout.

Faire de la recherche dans une seule discipline serait donc selon lui, une perte de temps ! C’est là qu’intervient  la notion de hiérarchisation des différentes sciences, avec à sa tête les sciences religieuses,  ensuite viennent  les sciences philosophiques dites encore intellectuelles (métaphysique, mathématique…).  Puis, avant d’énumérer et analyser chaque discipline des sciences intellectuelles, Ibn Khaldoun nous propose quelques réflexions autour de l’Histoire des sciences, de leur développement  et de la transmission des connaissances.

Toutes les sciences y sont abordées, en passant de la médecine, de l’agriculture…… à l’alchimie, la magie, la science des rêves… Le plus important à relever dans cette partie, c’est qu’il nous invite à enlever de notre esprit cette fausse dichotomie , avec d’un côté le religion et de l’autre la raison. Non, bien au contraire ! C’est là où j’ai ressenti que l’auteur n’est pas pour une pratique passive de la religion, mais plutôt réfléchie.

Nous sommes invités à tel ou tel acte cultuel, ok d’accord ! Mais qu’est-ce que le Législateur a voulu nous signifier par le biais de cet acte ? Ce questionnement n’est pas une invitation à remettre en cause une prescription divine ou notre soumission à Allah, bien au contraire, je l’ai vécue comme une invitation à comprendre notre spiritualité pour mieux la vivre !

– – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – –

Notre avis personnel :

Les – :

  • Le seul que je vois et encore, c’est à nuancer, c’est le prix. Mais pour un ouvrage aussi riche, une oeuvre magistrale qui représente l’une des références incontournables en sociologie, si ce n’est La première oeuvre de cette envergure, pour un ouvrage aussi complet et indispensable, selon moi, dans la bibliothèque du musulman, ce n’est pas cher du tout !

Les + + + :

  • Tout public
  •  Bien structuré, facile à lire
  • La richesse et la multitude des thèmes abordés

Ce livre vous intéresse, aidez-nous en l’achetant chez Amazon :