Je n’avais jamais entendu parler de l’auteur avant d’avoir reçu, il y a quelques mois, le message suivant :

Je voudrais que tu me donnes ton adresse postale ou une adresse postale afin que je puisse te faire parvenir un livre que je voudrais t’offrir.
Je n’ai pas pris contact avec toi plus tôt car le livre vient de sortir. Il s’agit de « Comment profiter de la Sunna » par Miloud Ismaili.
Je pense qu’il peut t’intéresser.

Je sais que tu passes souvent par ici Abdelmagid (d’ailleurs tu peux envoyer le lien de cette chronique à l’auteur de ma part ;)), tu ne t’es pas trompé, le livre m’a vraiment intéressé. C’est pour cela que j’ai décidé de le chroniquer moi même en guise de remerciements pour toi et pour l’auteur.

Depuis que j’ai commencé à m’intéresser, sérieusement, à la vie du prophète  voilà maintenant dix bonnes années, je me suis toujours fait la réflexion suivante : si sa vie () nous a été décrite comme un modèle à suivre, qu’entendons nous vraiment par « sa vie » ? Lorsque nous entendons « suivre la sounna » par ci, « suivre la sounna » par là, que veut dire vraiment le mot « sounna » ?

 

Suivre le prophète consiste en suivre quoi au juste ? Suivre les hadiths ? Suivre les principes auxquels il a appelé ? Suivre sa façon d’agir dans les différentes situations de la vie ? Suivre sa façon de penser ? Suivre quoi au juste ?

 

Sa vie est la concrétisation réelle de ce que c’est l’Islam, en d’autres termes, sa vie représente la traduction des principes divins en une réalité humaine. Il s’agit de l’illustration « grandeur nature » de ce qu’Allah veut de ses serviteurs.

 

Pour être à la hauteur de la noblesse du résultat, sa vie ne peut être résumée en un recueil de hadiths ni en une succession d’évènements historiques. Il nous a exhortés à suivre « sa voie » et non « sa parole », la première englobe la seconde mais pas l’inverse.

 

Tout comme nous avons été invités à méditer la parole d’Allah (car une lecture avec méditation révèle ce qu’une simple lecture linéaire ne peut faire), il convient au musulman de « méditer » la vie du prophète (car une simple lecture linéaire, des évènements historiques qui composent sa vie, nous ferait passer à côté de beaucoup de choses).

 

Si le livre que je vous présente aujourd’hui n’est pas destiné à décortiquer la vie du prophète , il donne au lecteur une envie et un éclairage qui changeront son rapport à la sounna et qui lui permettront d’apercevoir certaines de ses profondeurs. Croyez-moi, si vous changez votre perception de la sounna, vous envisagerez autrement votre propre réforme, celle du fond comme celle de la forme.

L’auteur :

Miloud Ismaïli a longtemps travaillé au sein de l’éducation nationale. Il étudie depuis longtemps les problèmes liés à la jeunesse et à l’éducation.

Après des études commerciales et de communication, il obtient une licence en sciences de l’éducation. Le sujet de sa maîtrise porta sur les pratiques de lecture chez les adolescents des milieux populaires.

C’est au cours de son travail au cœur du système scolaire qu’il décide de se pencher assidûment sur le monde de la jeunesse et décide de réfléchir sur les moyens de réconcilier les jeunes et la foi. Il est l’auteur de « Conseils et Avertissements pour la Jeunesse Musulmane« , « Comment se Concentrer dans la Prière« , « Comment Augmenter sa Foi, conseils pratiques et sages« . Il sort en 2012, le livre que nous présentons ici : « Comment profiter de la Sunna ».

Le livre : Comment profiter de la Sunna : Être bien avec soi-même et avec les Autres.

Chapitre 1 : LE COMMENCEMENT

Dans ce chapitre et à travers les différentes parties qui le composent, l’auteur nous invite à une première prise de conscience (voire une prise de position) à l’égard de la Sounna.

 

Aimer la Sounna est le premier pilier dans l’édifice du croyant, aimer la Sounna est un acte profond qui provient de l’intérieur de notre être et qui nous accompagne tout au long de notre cheminement. L’auteur ne manque pas de nous rappeler qu’adopter la « Sunna Attitude » est un long processus nécessitant certitude, endurance et action. La Sounna n’est pas un « vieil objet » qui a fait temps, la Sunna est une chance et une cause de joie de vivre.

 

La Sunna est présentée ici comme une incitation à la réforme, en somme au changement continu au moment même, où la société qui nous entoure nous demande de ne rien changer. L’appel au changement que nous lance la Sunna ne peut se faire sans deux facteurs importants : notre confiance en nous-mêmes et notre endurance dans le changement. Deux points auxquels l’auteur consacre une partie de ce premier chapitre.

 

Chapitre 2 : LE SAVOIR / COURONNE DE LA SUNNA

 

C’est l’un des chapitres qui m’a apporté le plaisir dans ma lecture.

L’incitation à l’instruction est fondamentale en Islam. Lire, apprendre, savoir et connaître doivent être le quotidien du musulman qui s’inscrit dans une démarche de changement (je vous invite d’ailleurs à visionner cette vidéo 11 de Sira Instruis-toi avant tout  où je suis revenu sur l’importance de la lecture).

 

Ce que l’auteur développe dans ce chapitre, ce sont principalement les erreurs à ne pas commettre lorsque l’on est décidé à apprendre.

Apprendre est une chose, s’en souvenir en est une autre. Et comme disent nos savants « l’ennemi du savoir est l’oubli ». C’est pour cela que l’auteur nous invite à noter, synthétiser nos lectures, les réviser et en faire matière à réflexion. J’ai bien aimé la citation d’Antoine Albalat avec laquelle je suis 100% d’accord :

« Un livre qu’on quitte sans en avoir extrait quelque chose est un livre qu’on n’a pas lu ».

Ce qui menace, également, notre apprentissage ce sont les questions inutiles. Les frères et les soeurs qui me fréquentent savent à quel point je suis intransigeant là-dessus. Toutes les fois où l’on me pose une question, j’invite mes interlocuteurs à se poser eux-même la question de l’utilité d’une telle question. Bien souvent l’on se perd dans des discussions et des interrogations qui n’apportent rien ni à notre « raison » ni à notre « coeur ».

 

Enfin, ce chapitre est conclus par deux appels. Un appel à appliquer ce que l’on apprend (un savoir qui ne se transforme pas en actes est une épreuve supplémentaire contre soi le jour dernier) et un appel à la transmission de l’amour des livres et de la lecture (ce qu’on pense faire ici sur Autourdulivre 🙂 )

 

Chapitre 3 : LA SUNNA ET LE SENS DE LA VIE

 

A travers 3 idées principales (« l’éloge de l’exigence », « l’absence de but » et « apprendre à maîtriser son temps ») l’auteur nous rappelle la nécessité pour le croyant d’être animé par des objectifs nobles pour lesquels il se donnera tous les moyens. Le croyant vise le travail bien fait, il vise l’excellence (Al Ihssane) et la précision dans ses oeuvres. C’est quelqu’un qui vit avec l’espoir et la quête de la réussite.

Les trois éléments de ce chapitre nous incitent à une sorte de réorganisation de notre vie pour qu’elle ait du sens, nous n’avançons pas vers de l’inconnu, nous avons des buts (spirituels et matériels) et nous avons été invités à donner le meilleur de nous pour y arriver.

 

Chapitre 4 : LE CODE MORAL

 

Pour moi c’est THE chapitre. Il touche de près à des questions très pratiques dans la vie du croyant.

 

Le musulman qui a compris que sa revendication de la Sunna devra nécessairement se répercuter sur sa vie au quotidien, comprendra aisément qu’il ne s’agit pas une mince affaire. Il s’agit d’un changement de soi « visible » dans la société, à commencer par « sa moralité ». Je ne vous apprendrai rien si je vous disais que nombre de musulmans « pratiquants » (les aspects cultuels; al 3ibadates) s’avèrent être très pauvres lorsqu’il s’agit des aspects relationnels avec autrui (al mou3amalates). Lorsque l’on regarde de près la vie du prophète  on remarque tout de suite qu’il s’est, d’abord, distingué par sa moralité au sein de Makkah que par sa dévotion ou par son ascétisme. Malheureusement, les lumières sont souvent mises sur les aspects cultuels de la Sunna au détriment des « aspects pratiques » en terme de moralité (qui restent souvent au niveau de la théorie).

 

L’auteur nous donne dans ce chapitre des choses concrètes à faire pour améliorer l’image du musulman (reflet et acteur du changement) :

Soigner sa présentation : (quand on voit le laisser-aller de certains musulmans même lors d’occasions importantes comme la prière du vendredi ou des deux aïds).

Adopter la Sourire Attitude :  (certains musulmans ont, malheureusement, compris la pratique religieuse comme synonyme de la « grincheux attitude« .

Savoir se taire et savoir écouter : « l’étiquette du bavard-encombrant, embarrassant et ennuyeux ne sied pas au croyant, car dans la Sunna, le silence est privilégié, adulé et les mots doivent être choisis comme on choisit les meilleurs fruits »,) nous rappelle l’auteur.

Ce sont des exemples que vous trouverez détaillés et étayés dans ce chapitre.

 

Chapitre 5 : LE CROYANT / UNE FORTE PERSONNALITÉ

 

Dans ce chapitre, il est question de rappeler un trait de caractère incontestable du prophète (et donc auquel le croyant doit aspirer) qui est la bonté et la gentillesse envers autrui.

Admettons qu’il est difficile de maintenir sa courtoisie, sa bonté et sa gentillesse face à des gens qui n’y accordent pas d’importance, voire, qu’ils considèrent comme des faiblesses de votre part.

Et c’est là qu’intervient une caractéristique supplémentaire du prophète , il avait une forte personnalité, il n’était ni naïf ni ignorant de la nature humaine. La force du croyant est puisée de sa relation avec Son Seigneur, elle est puisée de la lecture qu’il fait des évènements de la vie, elle est puisée par le sens que lui même donne à sa propre vie. C’est cette force intérieure qui a permis au prophète de pardonner à ceux qui lui ont fait du tord, c’est cette force qui l’a incité à dire le jour de la bataille d’Ouhoud alors qu’il saignait de la tête en ayant perdu sa dent « Ô Allah, pardonne à mon peuple », quelle classe soubhanallah, quel effacement de soi et quelle force au final, parce qu’il fallait vaincre son ego pour pouvoir tenir ce genre de propos.

 

Chapitre 6 : ATTITUDE ENVERS SOI-MÊME

 

Il est d’abord question dans ce chapitre de traiter « une des nombreuses maladies qui nous détruit : l’excès » pour reprendre les propos de l’auteur. Il est clair que l’Islam est venu apporter l’équilibre aux humains dans toute chose, ni trop ni pas assez, juste ce qu’il faut. Cet exercice du juste milieu trouve des applications dans tous les éléments de notre vie, qu’ils soient spirituels, sociaux, professionnels et personnels. Cela suppose bien entendu un travail de recul, d’analyse et d’observation de ses faits et gestes pour rectifier les éventuels excès qui pourraient exister.

 

Pour cela, le croyant est toujours mu par une énergie positive, il ne connait pas le pessimisme encore mois le fatalisme. Il est, au contraire, animé par le désir d’agir avec le souci permanent de purifier son coeur, car il sait pertinemment que son énergie, son enthousiasme et son endurance proviennent de là.

 

Chapitre 7 : ATTITUDE ENVERS LES AUTRES

 

Ici sont développés certains des éléments vus précédemment, notamment l’endurance (« L’une des plus grandes épreuves que le croyant affronte tout au long de sa vie, est d’encaisser la méchanceté (ce terme englobe : insultes, mépris, paroles blessantes, coups bas, traîtrise, etc…)  des gens « ) et le pardon (« On est surpris de la capacité du prophète à pardonner dans des conditions que nous sommes incapables aujourd’hui d’imiter tant nous avons de rage en nous lorsque nous sommes un peu provoqués »).

 

Vous l’aurez compris, endurer ce qui nous provient comme « mal » de la part des gens tout en faisant prévaloir le pardon sont les deux choses essentielles à adopter dans ses rapports avec autrui.

 

Cela ne peut être envisagé que si, en amont, nous changeons le regard que nous portons sur les autres, comment je perçois le musulman non pratiquant ? comment je perçois le non musulman ? comment je perçois le fautif et l’ignorant ? si je suis animé par le sentiment d’avoir des devoirs envers ces gens en faisant preuve d’empathie envers eux, comment voulez-vous que j’agisse autrement que par clémence et pardon ?

 

Les gens ont besoin de la Sunna, par conséquent, ils ont besoin des gens qui la vivent. L’auteur termine en nous parlant de cette clé du changement chez les autres : le compagnonnage. Vouloir pour les autres ce que l’on veut pour soi en étant toujours disponible pour l’autre, à ses côtés dans ses « galères », partager ses joies et ses peines.

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Notre avis personnel :

 

Les – :

  •  Je n’en vois pas, ah si, le fait que le tome 2 soit prévu pour 2013

 

Les ++++ :

  • Se lit très bien et très vite, je l’ai lu en 2h
  • Un langage simple qui convient à tout le monde, surtout aux jeunes lecteurs
  • Bien structuré, les chapitres se complètent mais on peut facilement les découper pour en faire des thématiques à part entière
  • Livre unique en son genre dans la bibliothèque musulmane francophone

 

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